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DU LYCÉE SANTOS DUMONT AUX ORS DU QUAI D’ORSAY EN PASSANT PAR LES ARCHIVES DE LA COURNEUVE : UN VOYAGE DIPLOMATIQUE ET INITIATIQUE AU COEUR DES JEUX OLYMPIQUES DE MEXICO 1968

Publication : par A.Fouillard

Cette semaine s’est achevé un parcours de plusieurs mois pour nos jeunes ambassadeurs et notre jeune ambassadrice de la diplomatie de la classe de TBPRA.

Jirah Mai TIESENHAUSEN, Diago ALFAIETE, Ayan PANNETIER et Hector LACHENAUD ont été reçus au Minisitère de l’Europe et des Affaires étrangères en tant que lauréats du Concours des jeunes ambassadeurs de la diplomatie dans la catégorie Lycée professionnel pour la Région Ile-de-France.

Organisée conjointement par les Archives du Ministère des Affaires étrangères de la Courneuve et de Nantes, l’édition 2023-2024 de ce concours, existant depuis 2017, réunissait cette année 8 régions dont les deux régions historiques : l’Ile-de-France et Pays-de-la-Loire.

Les conseillers diplomatiques auprès des Régions et les Rectorats et/ou les centres d’archives ont organisé des finales dans chacune des régions.
Notre finale a eu lieu le Jeudi 16 Mai à la Courneuve, il s’agissait pour les élèves de mettre en scène comme dans un concours d’éloquence, leur conversation où Jacques Vimont, ambassadeur de France au Mexique rendait compte des Jeux Olympiques de Mexico et de ses répercussions politiques et culturelles sur le plan international à son ministre de tutelle, Michel Débré, ministre des Affaires étrangères, en incarnant l’esprit de la France politique de l’époque. Nous remercions les comédiennes de la Compagnie Enfants du Paradis pour leur accompagnement.
Les élèves n’ont pas démérité même si l’exercice leur a semblé ardu devant une salle comble de lycéens et collégiens.
Ce Mercredi 22 Mai, c’était la journée récompense, celle de la remise des prix, accompagnés de leur professeure de Lettres-Histoire -Mme Delphine Moret- nos 4 lauréats ont pu découvrir l’hôtel du Ministre, un lieu emblématique de l’Histoire des Relations internationales depuis le règne de Napoléon III où nombre de traités de paix ont été signés.
Richard Flahaut, chargé de mission à l’Hôtel Matignon et conservateur honoraire du ministère des Affaires étrangères, nous a fait découvrir ce flamboyant édifice de l’architecture Second Empire lors d’une riche visite commentée.
Les élèves ont été impressionnés par le lieu et notamment le salon de l’Horloge, lieu du discours de Robert Schuman le 9 mai 1950, acte fondateur de la Communauté européenne du charbon et de l’acier, prélude de la CEE, ancêtre de l’UE. Un événement fêté chaque année…
Par l’ameublement en tapisseries des Gobelins reproduisant à l’identique celles du palais du Luxembourg de Marie de Médicis comme, par le lustre des appartements privés destinés aux hôtes de la France, ce lieu témoigne de la volonté de Napoléon III d’effacer l’opprobre du congrès de Vienne et de redonner sa place à la France dans le concert des puissances internationales.
Les salons de réunion et d’apparat du rez-de-chaussée ont vu défiler nombre de ministres des Affaires étrangères et les appartements privés défiler nombre de têtes couronnées dont le dernier en date fut Juan Carlos qui faisait son tour d’Europe en attendant la chute de Franco. Toutes ces anecdotes ont ravi l’auditoire des lycéens et professeurs présents.
Ce fut un moment très agréable, une madeleine de Proust, qui donnera peut-être envie à nos élèves d’hôtellerie-restauration d’œuvrer dans de tels lieux à la gastrodiplomatie.

Dans le cadre du Concours innovant et stimulant des Jeunes Ambassadeurs et ambassadrices de la diplomatie 2023-2024, la classe de TBPRA a travaillé dès décembre sur un corpus d’archives. Ce travail de longue haleine, a nécessité la fréquentation régulière de dizaine de sources historiques ( notes diplomatiques des différents pays participants, courrier, articles de journaux de l’époque ) pour s’approprier ce « moment clé du Monde » où les révoltes étudiantes du monde entier comme celle du Mexique croisent les revendications du mouvement pour les droits civiques des Afro-américains, la guerre du Vietnam, le soulèvement de Prague ou l’apartheid dans le contexte plus global de la Guerre Froide.
Les JO de Mexico cristallisent les tensions du monde et s’ouvrent après un massacre, celui de la Place des Trois Cultures à Mexico.
Pourquoi avoir maintenu cet événement sportif dans un tel contexte local et international ? Que représentent les valeurs de l’olympisme ? En quoi la diplomatie sportive permet-elle de faire face à des enjeux internationaux ?
Beaucoup de questions auxquelles les élèves ont dû et pu répondre grâce aux échos entre les JO de 1968 et les Jeux Olympiques de Paris 2024.
Ce travail d’enquêteur et d’enquêtrice a été initié dès Décembre grâce à l’atelier liminaire proposé par le professeur relais des Archives Mr. BIREBENT pour mettre en perspective et éclairer les multiples événements de l’année 1968 !
Ce travail a bien sûr été guidé, il est formateur pour les élèves comme pour l’enseignant. On a dû, par exemple, se questionner énormément sur l’éthique d’un diplomate ou le protocole entre un ambassadeur et son ministre dans les années 1960. Le travail effectué sur les sources a d’ailleurs été salué par le Directeur des Archives diplomatiques, Nicolas Chibaeff, directeur des Archives diplomatiques lors de la Finale du 16 Mai : nos élèves par l’écriture collaborative, se sont mus en de véritables passeurs d’Histoire.

Quelques extraits choisis de la conversation :
- Jacques Vimont : « Les JO de 1968 étaient censés être une vitrine pour le pays, mais le massacre de Tlatelolco a jeté une ombre sombre sur cet évènement pour l’opinion internationale.
Personne ne peut oublier le massacre sur la Place des Trois Cultures. Cet événement a bouleversé le pays et les Mexicains, les femmes, les enfants. C’est une blessure ouverte avec des centaines de morts chez les étudiants et des milliers d’arrestations. »

- Michel Debré : « Posons-nous la question de savoir ce que le gouvernement mexicain a tenté de faire en ne reconnaissant pas le nombre réel de victimes … Quel est intérêt de tout ça ? Est-ce pour ne pas faner l’image des Jeux et réussir cet événement international ? Et quel est l’avenir des citoyens mexicains ? Que peut-il se passer pour les étudiants ? »

La remise des prix a été faite sous la présidence de Madame Anne-Marie Descôtes, Secrétaire générale du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Mme Descôtes a tenu à rappeler l’importance de la diplomatie : représenter la France, c’est œuvrer par tous les moyens et talents pour préserver et retrouver la paix. Elle s’est ensuite félicitée de l’engouement des jeunes et de la forte représentation des filles dans ce concours alors que le corps des ambassadeurs ne compte que 4% de femmes. Ce concours est vraiment un événement à part entière pour le quai d’Orsay et comme « une bouffée d’oxygène », un rapport direct avec les jeunes générations qui feront la France de demain.
S’en est suivi un échange avec les diplomates, Samuel Ducroquet, ambassadeur, délégué au sport et Sophie Laszlo, diplomate, chargée de mission auprès du directeur des Archives diplomatiques, Nicolas Chibaeff. Les lauréats ont préparé au préalable, sérieusement cette entrevue lors d’un atelier d’échanges inter-établissement. Nos deux interlocuteurs ont retracé leur parcours atypique en expliquant ce qui les a poussés à entrer et évoluer dans le métier : pour Madame Laszlo, l’amour et le goût de la différence cultivés dès l’enfance par sa grand-mère anthropologue, pour Samuel Ducroquet un certain sens du défi et un goût immodéré pour les valeurs du sport et de l’olympisme au-delà des particularités des nations.
Ce moment très officiel restera comme quelque chose de rare et précieux dans la fin de scolarité de nos 4 élèves de terminale, un de ceux où notre histoire rencontre l’Histoire des relations internationales et du monde grâce à un carton d’archives !
Merci à eux d’avoir bien voulu jouer cette partie à mes côtés !
Delphine Moret, Professeure des TBPRA